En l’espace de quelques jours, les fortes précipitations enregistrées dans le nord du Royaume ont profondément transformé la situation hydrique du barrage Al Wahda, le plus grand du Maroc. Avec un taux de remplissage atteignant 80,57% au 29 janvier 2026, soit une hausse de près de 18 points de pourcentage, l’ouvrage retrouve des niveaux confortables après plusieurs années de stress hydrique. Des opérations de déversement préventif ont été engagées pour garantir la sécurité de l’infrastructure.
Une hausse spectaculaire portée par des pluies diluviennes
Selon les données disponibles au 29 janvier 2026 à 15h45, le taux de remplissage du barrage Al Wahda a atteint 80,57%, enregistrant une hausse spectaculaire de près de 18 points de pourcentage sur une courte période. Cette évolution est directement liée aux pluies abondantes observées durant les deux derniers jours dans la zone d’alimentation du barrage.
Les précipitations, dont le cumul a dépassé 295 millimètres, ont généré des apports hydriques exceptionnels, estimés à plus de 600 millions de mètres cubes. Grâce à ces volumes, la retenue du barrage Al Wahda a franchi le seuil des 2,837 milliards de mètres cubes, marquant un net retournement de tendance après plusieurs années de sécheresse.
Longtemps considéré comme l’un des symboles de la pression exercée par la sécheresse sur les ressources en eau du Royaume, l’ouvrage affiche désormais des indicateurs de remplissage jugés confortables, redonnant de l’oxygène au système hydraulique national.
Un rôle stratégique dans la gestion hydraulique nationale
Ce redressement revêt une portée stratégique majeure. Par sa capacité de stockage et sa position centrale dans le dispositif hydraulique du pays, le barrage Al Wahda joue un rôle clé dans :
La régulation des crues ;
L’irrigation agricole dans les plaines fertiles du nord du Royaume ;
La production énergétique via sa centrale hydroélectrique ;
L’approvisionnement en eau potable des populations.
Le barrage, situé sur l’oued Ouergha dans la province de Sidi Kacem, constitue un pilier de la sécurité hydrique du Maroc, notamment pour les régions du Gharb et du Pré-Rif, fortement dépendantes de ses ressources pour l’agriculture et la consommation humaine.
Gestion préventive des volumes face aux prévisions pluvieuses
Toutefois, cette amélioration rapide s’accompagne d’un défi opérationnel de taille. Les prévisions météorologiques annoncent la poursuite des pluies sur les dix prochains jours, avec des cumuls susceptibles d’atteindre près de 800 millimètres dans certaines régions, renforçant ainsi les impératifs de vigilance et de gestion sécurisée des ouvrages hydrauliques.
Dans ce contexte, Mustapha Tantaoui, directeur du barrage Al Wahda, a souligné dans une déclaration à Le360 que la hausse accélérée du niveau de la retenue, bien que positive, impose une gestion «fine et équilibrée» des volumes stockés. Il a insisté sur la nécessité d’intégrer les effets du changement climatique, marqué par une alternance brutale entre longues périodes de sécheresse et épisodes de pluies extrêmes.
Déversement préventif pour préserver l’intégrité de l’ouvrage
C’est dans cette optique qu’il a été décidé d’engager, à partir de l’après-midi du jeudi 29 janvier 2026, des opérations de déversement préventif à un débit avoisinant 250 mètres cubes par seconde.
Ces opérations s’inscrivent dans le cadre des protocoles techniques en vigueur, destinés à préserver l’intégrité structurelle de l’ouvrage et à garantir sa sécurité face à l’augmentation des apports hydriques.
Le responsable a tenu à souligner que ces lâchers d’eau sont strictement encadrés et font l’objet d’un suivi continu sur le terrain, en étroite coordination avec les autorités locales et les services de la protection civile. L’objectif est de limiter toute contrainte excessive sur l’ouvrage, tout en garantissant un niveau de sécurité optimal pour les zones situées en aval.
Contrairement aux inquiétudes parfois suscitées par ce type d’opérations, le directeur du barrage a affirmé qu’il ne s’agit nullement d’un scénario de crue imminente, mais bien d’une mesure anticipative et purement préventive, rendue nécessaire par la persistance des précipitations à un rythme soutenu.
Changement climatique : entre sécheresse prolongée et pluies extrêmes
Cette alternance rapide entre stress hydrique prolongé et précipitations diluviennes illustre les mutations climatiques que connaît le Maroc. Les gestionnaires des infrastructures hydrauliques doivent désormais composer avec des phénomènes météorologiques plus intenses et plus imprévisibles, nécessitant des stratégies de gestion adaptatives et réactives.
Le directeur du barrage Al Wahda a insisté sur l’importance de renforcer les capacités de prévision météorologique et d’améliorer les systèmes de gestion des crues pour anticiper et atténuer les impacts de ces événements extrêmes sur les populations et les infrastructures.
Perspective : un regain stratégique mais une vigilance maintenue
En l’espace de deux jours, les pluies diluviennes ont bouleversé la situation hydrique du barrage Al Wahda, principal réservoir du pays. Si ce regain offre une respiration stratégique et conforte la sécurité hydrique du Royaume, il impose aussi une gestion fine des volumes et des opérations de lâchers d’eau préventifs pour sécuriser l’ouvrage et protéger les populations en aval.
Les autorités hydrauliques restent mobilisées pour suivre l’évolution de la situation et adapter les mesures de gestion en fonction des conditions météorologiques à venir. La résilience du système hydraulique national face aux aléas climatiques demeure un enjeu prioritaire pour garantir la sécurité hydrique, alimentaire et énergétique du Maroc.
