Le CESE appelle à faire de l’économie du soin un levier de développement national

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Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) recommande d’intégrer l’économie du soin à autrui dans les stratégies sectorielles et territoriales du Maroc.

Cette démarche vise à structurer un secteur stratégique face au vieillissement démographique, à valoriser le travail non rémunéré et à soutenir la participation des femmes au marché du travail. Selon le CESE, l’intégration de ce travail dans les comptes économiques pourrait accroître le PIB national de 19%.

Un secteur stratégique face aux mutations démographiques et sociales
L’économie du soin à autrui regroupe l’ensemble des activités, rémunérées ou non, liées à l’accompagnement des personnes vulnérables, notamment les enfants, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap et les malades.

 

Ce secteur, longtemps invisibilisé et majoritairement assuré par les femmes, est aujourd’hui au cœur des défis liés au vieillissement démographique et à l’évolution des structures familiales au Maroc.

Le CESE souligne que la structuration de cette économie est indispensable pour répondre aux besoins croissants en services de soin, tout en créant des opportunités d’emploi durable et en soutenant la participation économique des femmes.

Dans son avis adopté à l’unanimité lors de sa 171e session ordinaire, le 26 juin 2025, le Conseil appelle les pouvoirs publics à faire de l’économie du soin un enjeu national, intégré dans les stratégies de développement humain, social et économique du Royaume.

Quatre axes stratégiques pour structurer l’économie du soin
Le CESE propose quatre axes principaux pour structurer et valoriser l’économie du soin à autrui au Maroc :
1. Faire de l’économie du soin un enjeu national
Le Conseil recommande la mise en place d’un cadre juridique spécifique et d’un mécanisme de gouvernance dédié pour structurer ce secteur. Cela implique l’élaboration de politiques publiques transversales, associant plusieurs départements ministériels (Famille, Santé, Emploi, Intérieur, Économie), ainsi que la création d’une instance de coordination pour piloter la mise en œuvre des réformes.
2. Valoriser et professionnaliser les métiers du soin
Le CESE appelle à valoriser les métiers du soin en renforçant la formation, la qualification et la reconnaissance professionnelle des personnes exerçant ces activités. Cela passe par la création de cursus de formation certifiants, l’amélioration des conditions de travail et l’instauration de statuts professionnels pour les travailleurs du secteur, qu’ils soient salariés ou indépendants.
3. Assurer une répartition équitable des responsabilités
Le Conseil recommande de mettre en place des dispositifs inclusifs et fiscaux favorisant le partage des responsabilités de soin entre hommes et femmes, entre familles et collectivités, et entre secteurs public et privé. Cela inclut des mesures d’incitation fiscale, des congés parentaux renforcés et des services publics de soutien aux familles.
4. Investir dans des solutions innovantes adaptées au Maroc
Le CESE encourage le développement de solutions innovantes adaptées aux réalités marocaines, notamment dans les domaines de l’aide à domicile, de la garde d’enfants, de l’accompagnement des personnes âgées et de l’assistance aux personnes en situation de handicap. Ces solutions peuvent inclure des plateformes numériques, des coopératives de services et des partenariats public-privé.

Un potentiel économique considérable : +19% du PIB
L’un des points majeurs du rapport du CESE concerne le poids économique du travail non rémunéré lié au soin à autrui. Selon le Conseil, l’intégration de ce travail dans les comptes économiques pourrait accroître le PIB national de 19%.
Cette estimation illustre l’ampleur de la contribution économique invisible, principalement assurée par les femmes, dans la prise en charge des enfants, des personnes âgées et des personnes vulnérables. La reconnaissance et la valorisation de ce travail constituent un enjeu de justice sociale et de développement économique inclusif.

Soutenir la participation des femmes et créer des emplois durables
Les recommandations du CESE visent notamment à soutenir la participation des femmes au marché du travail en facilitant l’accès à des services de garde d’enfants et d’accompagnement des personnes dépendantes. En structurant l’économie du soin, le Maroc peut libérer le potentiel économique de milliers de femmes actuellement contraintes de quitter ou de réduire leur activité professionnelle pour assumer des responsabilités de soin.

Par ailleurs, le développement de ce secteur peut générer des emplois durables et qualifiés dans des métiers comme :

L’aide à domicile pour personnes âgées ou handicapées ;
La garde d’enfants professionnelle ;
L’accompagnement médico-social ;
Les services de soutien psychologique et social.

Ces emplois, souvent occupés par des femmes issues de milieux modestes, doivent être encadrés, valorisés et rémunérés de manière équitable.

Une démarche participative et concertée
Le rapport du CESE s’appuie sur une démarche participative incluant :

Des débats internes au sein du CESE ;
Des auditions des parties prenantes (ministères, syndicats, associations, experts) ;
Des consultations citoyennes sur la plateforme numérique « ouchariko.ma ».

Cette approche inclusive vise à garantir la pertinence et l’applicabilité des recommandations, en associant l’ensemble des acteurs concernés à la réflexion sur l’avenir de l’économie du soin au Maroc.

Perspective : un enjeu de justice sociale et de compétitivité économique
L’adoption unanime de cet avis par le CESE traduit un consensus national sur la nécessité de structurer et de valoriser l’économie du soin à autrui.

Ce secteur représente un enjeu de justice sociale, en reconnaissant et en rémunérant équitablement le travail de soin, majoritairement assumé par les femmes.

Il constitue également un levier de compétitivité économique, en créant des emplois, en soutenant la participation des femmes au marché du travail et en répondant aux besoins croissants d’une société vieillissante et en mutation.

La mise en œuvre des recommandations du CESE nécessitera une volonté politique forte, des investissements publics et une coordination interministérielle pour faire de l’économie du soin un pilier du développement humain et social du Royaume

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