La plage confisquée Chronique de Mme Daidai Rachida, professeure et chroniqueuse.

Daidai Rachida

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Dans cette chronique, Mme Daidai Rachida exprime son indignation face à la transformation progressive de nos plages en espaces de commerce permanent. Sans ignorer les difficultés économiques auxquelles sont confrontés les vendeurs ambulants, elle s’interroge sur le devenir de ces lieux de liberté et de contemplation, dont la vocation première semble aujourd’hui s’effacer.

La plage est un refuge. Une vaste étendue où le ciel épouse la mer, où le sable accueille les pas sans poser de questions, où chacun vient déposer, l’espace de quelques heures, le poids de ses préoccupations. On y cherche le silence, le souffle du large, le murmure des vagues, cette musique immuable qui apaise les esprits et invite à la méditation.

Du moins, c’est ce que l’on espère.

Car aujourd’hui, ce sanctuaire naturel perd peu à peu son âme. À peine le visiteur s’est-il installé que commence un ballet ininterrompu de marchands ambulants. Ils surgissent de toutes parts, proposant boissons fraîches, friandises, jouets, lunettes, vêtements ou souvenirs. Les sollicitations se succèdent sans répit. Chaque refus est suivi d’une nouvelle offre, puis d’une autre encore.

Le regard, qui aspirait à se perdre dans l’immensité de l’horizon, se heurte désormais à cette agitation incessante. Entre la mer et le vacancier s’interpose un commerce omniprésent. Le fracas des vagues, parfois puissant, parfois délicatement murmuré, s’efface derrière les appels répétés des vendeurs. La contemplation cède la place à l’interruption. Le repos devient difficile.

L’évasion est compromise.

Ne nous méprenons pas. Cette réflexion n’est pas une condamnation de ces femmes et de ces hommes qui tentent de gagner honnêtement leur vie. Ils sont souvent les victimes d’une précarité qui les pousse à investir les plages pour subvenir aux besoins de leurs familles. Leur combat mérite considération et respect.

Mais une société responsable ne peut se satisfaire d’opposer le droit au travail au droit à la tranquillité. Elle doit être capable de concilier les deux. Les espaces publics, et plus particulièrement les sites naturels, ne peuvent être livrés à une marchandisation sans limites. Ils constituent un patrimoine commun, dont la beauté et la sérénité doivent être préservées.

Une plage n’est pas un marché. Elle est un lieu de respiration, de rencontre avec la nature et avec soi-même. Elle est ce rare espace où le silence possède encore une valeur. Lorsque ce silence disparaît, c’est une part de notre humanité qui s’efface avec lui.

Il est temps de repenser l’organisation de nos plages. Non pour exclure, mais pour protéger. Non pour priver certains de leur gagne-pain, mais pour garantir à tous le droit de profiter pleinement de ces paysages que la nature nous offre avec tant de générosité.

La mer continuera de dérouler ses vagues, fidèle à elle-même. La question est de savoir si nous lui laisserons encore la possibilité de nous parler.

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