La hausse des prix alimentaires continue de peser sur la perception des ménages marocains. Selon les résultats de l’enquête permanente de conjoncture auprès des ménages publiée le 15 octobre 2026 par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), 95,9 % des ménages déclarent que les prix des produits alimentaires ont augmenté au cours des douze derniers mois. À peine 0,4 % estiment avoir constaté une baisse.
Ces résultats dressent le portrait d’un climat économique marqué par des inquiétudes persistantes concernant le coût de la vie, les perspectives d’emploi et la capacité des familles à préserver leur équilibre financier. Si plusieurs indicateurs montrent une amélioration par rapport à l’année précédente, les perceptions restent largement négatives sur les principales composantes de l’enquête.
La confiance des ménages recule au troisième trimestre
L’indice de confiance des ménages (ICM) s’est établi à 59,2 points au troisième trimestre 2026, contre 60,1 points au trimestre précédent et 53,6 points à la même période de 2025. L’indicateur enregistre ainsi un léger recul sur trois mois, tout en affichant une progression sur un an.
Calculé à partir de sept indicateurs relatifs à la situation générale et à la situation propre des ménages, cet indice mesure notamment les perceptions du niveau de vie, du chômage, de la situation financière et de l’opportunité d’effectuer des achats de biens durables.
Le niveau de vie reste une source majeure d’inquiétude
Au troisième trimestre 2026, 76,3 % des ménages interrogés déclarent une dégradation de leur niveau de vie au cours des douze derniers mois. À l’inverse, 18,5 % estiment que leur situation est restée stable, tandis que 5,2 % font état d’une amélioration.
Le solde d’opinion relatif à l’évolution passée du niveau de vie demeure négatif, à -71,1 points. Il était de -73,1 points au trimestre précédent et de -72,9 points un an auparavant. Malgré une légère amélioration par rapport aux deux périodes de comparaison, le sentiment de détérioration reste donc largement dominant.
Les perspectives pour les douze prochains mois ne sont pas davantage rassurantes. Selon le HCP, 51,7 % des ménages anticipent une nouvelle dégradation du niveau de vie, contre 39,6 % qui prévoient une stabilité et 8,7 % qui espèrent une amélioration. Le solde d’opinion correspondant ressort à -43 points, contre -41,7 points au trimestre précédent et -44,3 points un an auparavant.
Les anticipations liées au chômage se dégradent
Les perspectives du marché du travail constituent un autre point de préoccupation. Au troisième trimestre 2026, 61,3 % des ménages s’attendent à une augmentation du nombre de chômeurs au cours des douze prochains mois, tandis que 17,3 % anticipent une baisse.
Le solde d’opinion relatif à l’évolution future du chômage s’établit ainsi à -44 points, après -38,8 points au deuxième trimestre 2026. Il reste néanmoins moins négatif que celui enregistré à la même période de 2025, qui atteignait -56,4 points.
Ces données traduisent les anticipations exprimées par les ménages dans le cadre de l’enquête. Elles ne constituent pas, à elles seules, une mesure du taux de chômage effectivement enregistré au Maroc.
Les achats importants restent difficiles à envisager
Les résultats du HCP mettent également en évidence des réticences persistantes à l’égard des achats de biens durables. Au troisième trimestre 2026, 63,8 % des ménages considèrent que le moment n’est pas opportun pour effectuer ce type d’achat. À l’opposé, 14,5 % estiment que la conjoncture s’y prête.
Le solde d’opinion relatif à cet indicateur demeure négatif, à -49,3 points. Il s’améliore toutefois par rapport aux -50,6 points du trimestre précédent et aux -57,7 points enregistrés un an auparavant.
Près de quatre ménages sur dix doivent puiser dans leur épargne ou s’endetter
La situation financière actuelle des ménages fait ressortir des disparités importantes. D’après l’enquête, 58,2 % des ménages estiment que leurs revenus couvrent leurs dépenses courantes. En revanche, 39 % déclarent devoir s’endetter ou puiser dans leur épargne pour faire face à leurs dépenses. Seuls 2,8 % affirment parvenir à épargner une partie de leurs revenus.
Le solde d’opinion relatif à la situation financière actuelle atteint -36,2 points, contre -36,1 points au trimestre précédent et -36,4 points au troisième trimestre 2025. L’indicateur reste donc négatif et évolue peu par rapport aux périodes précédentes.
L’appréciation de l’évolution financière passée est également défavorable. Au total, 44,9 % des ménages estiment que leur situation financière s’est détériorée au cours des douze derniers mois, tandis que 4,7 % constatent une amélioration. Le solde d’opinion correspondant ressort à -40,2 points, après -38,9 points au trimestre précédent et -46,8 points un an auparavant.
Pour les douze prochains mois, 65,1 % des ménages anticipent une stabilité de leur situation financière, 18,4 % redoutent une dégradation et 16,5 % espèrent une amélioration. Le solde d’opinion s’établit à -1,9 point, après 0,1 point au trimestre précédent et -10 points à la même période de 2025.
Les perspectives d’épargne restent particulièrement défavorables
La capacité future à épargner constitue l’un des indicateurs les plus négatifs de l’enquête. Au troisième trimestre 2026, 92,5 % des ménages estiment ne pas pouvoir épargner au cours des douze prochains mois. Seuls 7,5 % anticipent la possibilité de mettre de l’argent de côté.
Le solde d’opinion relatif aux perspectives d’épargne atteint -85 points. Il s’est dégradé par rapport au trimestre précédent, où il s’établissait à -80,9 points, ainsi que par rapport au troisième trimestre 2025, où il atteignait -80,8 points.
Cette perception rejoint les résultats concernant la situation financière actuelle, dans laquelle seuls 2,8 % des ménages déclarent parvenir à épargner une partie de leurs revenus. Il convient toutefois de distinguer la capacité d’épargne actuelle, déclarée par les ménages, de leurs anticipations pour les douze prochains mois.
Les prix alimentaires devraient continuer d’augmenter selon les ménages
Les anticipations concernant les prix des produits alimentaires demeurent elles aussi préoccupantes. Si 95,9 % des ménages déclarent avoir constaté une hausse de ces prix au cours des douze derniers mois, 77,9 % s’attendent à une nouvelle augmentation pendant les douze prochains mois.
Par ailleurs, 21,1 % prévoient une stabilité des prix et seulement 1 % anticipent une baisse. Le solde d’opinion relatif aux perspectives des prix alimentaires ressort à -76,9 points, contre -75,2 points au trimestre précédent et -81,4 points un an auparavant.
Pour l’évolution passée, le solde d’opinion atteint -95,5 points, après -97 points au deuxième trimestre 2026. Il reste identique à celui enregistré au troisième trimestre 2025. Ces chiffres reflètent la perception des ménages et ne doivent pas être confondus avec un indice statistique mesurant directement l’évolution effective des prix.
Un tableau contrasté de la conjoncture des ménages
Dans son ensemble, l’enquête du troisième trimestre 2026 met en évidence un décalage entre l’amélioration annuelle de l’indice de confiance et la persistance d’inquiétudes concernant le niveau de vie, l’emploi, les dépenses courantes et l’épargne. Le léger recul trimestriel de l’ICM confirme que le redressement observé sur un an ne se traduit pas par une amélioration généralisée des perceptions.
Le HCP rappelle que les indicateurs présentés reposent sur des réponses qualitatives des ménages et sur des soldes d’opinion calculés à partir des proportions de réponses positives et négatives. Ils permettent de suivre l’évolution des perceptions, mais ne suffisent pas, à eux seuls, à établir les causes économiques de ces évolutions.
Source : Haut-Commissariat au Plan (HCP), « Résultats de l’enquête de conjoncture auprès des ménages — Troisième trimestre de l’année 2026 », publication du 15 octobre 2026.

