Avec l’arrivée de l’été et l’afflux massif de vacanciers vers le littoral marocain, un phénomène bien connu refait surface : l’occupation illégale des plages par des loueurs de parasols et de chaises longues. Ce phénomène, qui revient chaque année comme une ritournelle, illustre une appropriation illégitime de l’espace public, transformant des portions entières du domaine maritime en « plages privées » au détriment des citoyens.
Des zones publiques accaparées
Sur plusieurs plages du royaume – de Casablanca à Agadir, en passant par Tétouan ou El Jadida – des dizaines de mètres carrés de sable sont désormais inaccessibles aux familles qui souhaitent simplement poser leur serviette. Ces espaces sont quadrillés par des rangées serrées de parasols en plastique, souvent installés dès les premières heures du jour par des exploitants non autorisés, parfois même agressifs envers les usagers qui refusent de payer.
Pour de nombreux estivants, cette situation crée un sentiment d’exclusion et d’injustice. Ils dénoncent une « privatisation sauvage » du littoral, opérée au mépris du droit commun, et vécue comme une confiscation d’un bien collectif.
Une réponse plus ferme des autorités
Face à la montée des plaintes, les autorités locales ont commencé à réagir plus fermement cette année. Dans plusieurs villes côtières, des campagnes de sensibilisation ont été suivies par des opérations de dégagement des plages. Des équipements ont été saisis, des contrevenants verbalisés, et des consignes plus strictes ont été données aux forces de l’ordre et aux services communaux.
Le ministère de l’Intérieur, souvent interpellé sur la question, rappelle que l’accès aux plages est un droit constitutionnel et que toute activité commerciale sur le domaine public maritime nécessite une autorisation légale. Les contrevenants s’exposent à des amendes et à la confiscation de leur matériel.
Une réglementation à faire respecter
Malgré les textes de loi en vigueur, la pratique illégale perdure. Plusieurs observateurs pointent un manque de coordination entre les collectivités locales, les services de sécurité et les autorités portuaires, ainsi qu’une tolérance excessive vis-à-vis des réseaux informels.
Pour beaucoup de citoyens, il ne suffit pas d’agir ponctuellement pendant les premières semaines de la saison estivale. Ils appellent à une application rigoureuse et durable de la loi, avec des patrouilles régulières, des campagnes d’information, et surtout des alternatives encadrées pour ceux qui souhaitent exercer une activité commerciale sur la plage, dans le respect du domaine public.
À qui appartient la plage ?
La question posée est finalement simple : la plage est-elle un espace public pour tous, ou un terrain d’affaires pour quelques-uns ? Dans une société où les inégalités d’accès aux loisirs sont déjà criantes, la réponse à cette question engage une vision plus large : celle d’un espace public inclusif, équitable et protégé contre toute forme d’appropriation abusive.
