À quelques jours des élections législatives, la circulation de contenus numériques falsifiés visant deux artistes engagés dans la campagne électorale suscite une nouvelle controverse autour de l’utilisation des images manipulées sur les réseaux sociaux.
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) a annoncé, mercredi 16 septembre, avoir engagé des démarches et procédures judiciaires à la suite de la diffusion de contenus qu’il qualifie de « falsifiés » et de « faux », visant l’artiste Fatima Khair et l’acteur Benaïssa El Jerari. Le parti indique vouloir poursuivre toute personne dont l’implication dans la production, la publication ou la diffusion de ces contenus serait établie.
Une image présentée comme réelle puis remise en question
L’affaire porte notamment sur une image montrant Fatima Khair aux côtés de Benaïssa El Jerari dans le cadre d’une activité liée à la campagne du RNI.
Selon le média Aljarida24, une comparaison avec une version originale de la photographie fait apparaître des différences entre les deux versions. Le média rapporte que l’image diffusée sur les plateformes numériques aurait été modifiée à partir d’une photographie correspondant à un événement réel.
Cette distinction est importante : il ne s’agirait donc pas nécessairement d’une image créée entièrement de toutes pièces, mais d’un contenu reposant sur une photographie réelle qui aurait ensuite fait l’objet de modifications numériques.
Aljarida24 évoque à ce sujet l’utilisation de techniques liées à l’intelligence artificielle pour modifier le contenu visuel.
Le RNI annonce des démarches judiciaires
Dans une déclaration relayée par Hespress, la porte-parole officielle du RNI, Salma Benaziz, a indiqué que le parti laisserait à la justice le soin de déterminer les responsabilités et les éventuelles suites légales concernant les personnes impliquées.
Le parti estime que les divergences politiques et la compétition électorale ne doivent pas conduire à des pratiques susceptibles de porter atteinte à la réputation ou à la dignité des personnes. Il affirme également que la liberté d’expression et le débat politique doivent être distingués de la diffusion de contenus présentés comme trompeurs.
À ce stade, les éléments disponibles établissent principalement la position du parti et les informations rapportées par plusieurs médias au sujet de l’image. La détermination d’éventuelles responsabilités individuelles relève des autorités judiciaires compétentes.
L’intelligence artificielle au cœur des campagnes numériques
Cette affaire intervient dans un contexte où les contenus générés ou modifiés grâce à l’intelligence artificielle deviennent de plus en plus difficiles à identifier pour les utilisateurs des réseaux sociaux.
La question dépasse désormais le seul cadre de cette affaire. La possibilité de modifier rapidement une photographie, une vidéo ou un enregistrement audio peut compliquer la distinction entre contenu authentique, montage et contenu généré artificiellement.
Dans le contexte électoral, cette problématique prend une dimension particulière, puisque la diffusion rapide d’une image ou d’une vidéo peut influencer la perception d’un candidat ou d’un événement avant même que son authenticité puisse être vérifiée.
Le débat sur les contenus falsifiés ne concerne d’ailleurs pas uniquement cette campagne. Plusieurs médias marocains ont récemment consacré des sujets à l’utilisation de contenus générés ou manipulés par l’intelligence artificielle dans le contexte électoral.
La vérification des images devient un enjeu électoral
La circulation de cette image rappelle ainsi l’importance de vérifier l’origine d’un contenu avant son partage, particulièrement lorsqu’il concerne des personnalités politiques ou des candidats.
La comparaison avec la photographie originale, la vérification de la date et du lieu de prise de vue ainsi que l’identification de la première source de publication peuvent permettre de détecter certaines manipulations.
Dans le cas présent, le RNI affirme avoir saisi les autorités compétentes. La suite de la procédure devra notamment permettre de déterminer les circonstances de la création et de la diffusion des contenus concernés ainsi que les éventuelles responsabilités.
À l’approche du scrutin législatif, l’affaire illustre ainsi un nouvel enjeu du débat électoral : la capacité des citoyens à distinguer une information vérifiée d’un contenu numérique manipulé.

