Le déficit commercial pharmaceutique s’aggrave
La principale raison tient à la progression beaucoup plus rapide des importations. En 2025, les achats de produits pharmaceutiques à l’étranger ont atteint 11,9 milliards de dirhams, en hausse de 17,4 % sur un an.
Dans le même temps, les exportations sont restées quasiment stables à 1,6 milliard de dirhams. Cette différence de rythme a porté le déficit commercial pharmaceutique à 10,3 milliards de dirhams en 2025.
La tendance s’est également poursuivie en 2026. À fin juillet, les importations de médicaments et autres produits pharmaceutiques avaient progressé de 14,8 %, pour atteindre 8,59 milliards de dirhams, selon les données de l’Office des Changes.
Pourquoi les importations continuent-elles d’augmenter ?
La croissance du marché pharmaceutique constitue l’un des principaux facteurs. Les ventes de médicaments devraient atteindre 38,6 milliards de dirhams en 2026, soit une progression de 7,8 %. À l’horizon 2030, elles pourraient atteindre 46,3 milliards de dirhams.
Cette évolution est notamment portée par la hausse des dépenses de santé par habitant et par une meilleure pénétration du marché. Elle entraîne cependant une demande supplémentaire à laquelle la production locale ne peut pas encore répondre entièrement.
À cela s’ajoutent les mesures destinées à faciliter l’approvisionnement. La loi de finances 2026 a notamment réduit de 30 % à 2,5 % les droits de douane appliqués à 112 médicaments essentiels. Cette mesure vise à améliorer la disponibilité des traitements, mais elle peut aussi favoriser les achats à l’étranger à court terme.
Les génériques pourraient changer la donne
Le développement des médicaments génériques constitue toutefois un levier important pour réduire progressivement cette dépendance. BMI prévoit que ce segment pourrait atteindre 20,7 milliards de dirhams en 2030, avec une croissance annuelle moyenne de 6,3 % entre 2025 et 2030.
Le principal défi reste celui des délais d’autorisation. Les procédures d’AMM peuvent actuellement prendre en moyenne trois ans, alors que l’objectif réglementaire se situe entre neuf et douze mois. Une accélération de ces démarches pourrait ainsi permettre aux fabricants locaux de lancer plus rapidement leurs produits et de mieux concurrencer les fournisseurs étrangers.
Une réforme du secteur en cours
Le cadre réglementaire évolue également. Le projet de loi n°27.26, adopté par la Chambre des conseillers en juin 2026, renforce notamment les prérogatives de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé en matière d’autorisation, de contrôle, d’inspection et de pharmacovigilance.
Cette réforme doit aussi accompagner la démarche visant à atteindre le niveau de maturité réglementaire 3 de l’Organisation mondiale de la santé. L’objectif est notamment de renforcer la fiabilité du système de régulation et de soutenir le développement de l’industrie pharmaceutique.
Un enjeu de souveraineté pharmaceutique
Le déficit commercial pharmaceutique met ainsi en évidence un paradoxe. Les mesures destinées à améliorer l’accès aux médicaments et à prévenir les pénuries peuvent, dans l’immédiat, stimuler les importations. À plus long terme, la montée en puissance de la production locale et des génériques sera déterminante pour inverser cette tendance.
Le marché dispose déjà d’une base industrielle importante, mais reste dépendant de l’étranger pour plusieurs intrants essentiels. La réduction durable du déficit passera donc par le renforcement de la production nationale, l’accélération des procédures réglementaires et le développement de capacités permettant de mieux couvrir la demande intérieure.

