Le cumul pluviométrique moyen a atteint près de 360 mm, soit une hausse de 54% par rapport à la moyenne annuelle des trente dernières années. Les barrages à usage agricole affichent désormais une réserve de 8,22 milliards de m³, contre 25% l’an dernier.
Un cumul pluviométrique exceptionnel depuis novembre 2025
Les récentes précipitations et chutes de neige enregistrées depuis la mi-novembre 2025 ont particulièrement bénéficié aux cultures céréalières, maraîchères et arboricoles, tout en améliorant l’état des parcours et en renforçant l’approvisionnement du marché national.
Selon le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, le cumul pluviométrique moyen a atteint près de 360 mm, soit une hausse de 54% par rapport à la moyenne annuelle des trente dernières années et de 215% par rapport à la même période l’an dernier.
Ces chiffres témoignent d’un retournement de situation après plusieurs années de sécheresse sévère qui ont durement affecté le secteur agricole, le cheptel et les ressources hydriques du Royaume.
Un remplissage des barrages historique
Les barrages à usage agricole affichent désormais une réserve de 8,22 milliards de m³, contre 25% seulement l’an dernier, tandis que l’ensemble des barrages atteint un taux de remplissage de 61%.
Cette amélioration spectaculaire de la situation hydrique constitue une bouffée d’oxygène pour l’agriculture irriguée, l’approvisionnement en eau potable et la production hydroélectrique. Elle permet également de sécuriser les campagnes agricoles futures et de réduire la dépendance aux eaux souterraines, souvent surexploitées.
Une campagne agricole en nette progression
Concernant l’avancement de la saison agricole, les résultats sont encourageants :
1. Superficie labourée et mécanisation
La superficie labourée a atteint 4,5 millions d’hectares, dont 10% irrigués, avec un taux de mécanisation de 95%. Cette mécanisation reflète la modernisation progressive de l’agriculture marocaine et l’amélioration de la productivité.
2. Cultures d’automne
Les principales cultures d’automne dépassent 4 millions d’hectares, en hausse de 40% par rapport à la campagne précédente. Cette augmentation témoigne de la confiance retrouvée des agriculteurs grâce aux pluies et à l’amélioration des conditions climatiques.
3. Productions maraîchères et arboricoles
Les productions maraîchères et arboricoles connaissent également une nette amélioration, avec notamment :
2,1 millions de tonnes de légumes ;
1,9 million de tonnes d’agrumes ;
Près de 2 millions de tonnes d’olives ;
160.000 tonnes de dattes.
Ces volumes témoignent de la résilience et de la capacité de rebond du secteur agricole marocain face aux aléas climatiques.
Programme de reconstitution du cheptel : 1,13 million de bénéficiaires
Par ailleurs, le programme de reconstitution du cheptel national, lancé pour soutenir les éleveurs durement touchés par la sécheresse, a déjà bénéficié à 1,13 million de bénéficiaires pour un budget mobilisé de 5,306 milliards de dirhams.
Une deuxième tranche de ce programme est prévue en avril, afin de poursuivre l’accompagnement des éleveurs et de permettre la reconstitution progressive du cheptel national, affecté par plusieurs années de sécheresse et de déficit fourrager.
Ce programme constitue un volet essentiel de la stratégie de résilience agricole, en garantissant la sécurité alimentaire, la stabilité des prix et le soutien aux populations rurales dépendant de l’élevage.
Un impact positif sur la sécurité alimentaire et les marchés
L’amélioration de la situation agricole devrait avoir plusieurs retombées positives :
1. Renforcement de la sécurité alimentaire
L’augmentation de la production céréalière, maraîchère et arboricole contribue à renforcer la sécurité alimentaire du Royaume, en réduisant la dépendance aux importations et en garantissant l’approvisionnement des marchés locaux.
2. Stabilisation des prix
L’amélioration de l’offre devrait contribuer à stabiliser les prix des produits agricoles sur le marché national, atténuant ainsi les pressions inflationnistes sur l’alimentation, qui pèsent lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages.
3. Soutien à l’emploi rural
Le secteur agricole, qui emploie près de 40% de la population active marocaine, devrait bénéficier d’un regain d’activité, créant des opportunités d’emploi et de revenu pour les populations rurales.
4. Contribution à la croissance économique
L’agriculture représente environ 12 à 14% du PIB marocain. Une bonne campagne agricole devrait donc contribuer positivement à la croissance économique nationale en 2026.
Des défis persistants à relever
Malgré ces résultats encourageants, le secteur agricole marocain reste confronté à plusieurs défis structurels :
Dépendance aux aléas climatiques : malgré les pluies récentes, le Maroc reste exposé aux sécheresses récurrentes et au changement climatique ;
Gestion durable de l’eau : la reconstitution des barrages ne doit pas faire oublier la nécessité d’une gestion rationnelle et durable des ressources hydriques ;
Modernisation des exploitations : de nombreuses exploitations agricoles restent de petite taille, faiblement mécanisées et peu productives ;
Valorisation des productions : améliorer les circuits de commercialisation, réduire les pertes post-récolte et développer l’agro-industrie ;
Adaptation au changement climatique : renforcer la résilience des systèmes agricoles face aux événements extrêmes.
Perspective : capitaliser sur cette embellie pour préparer l’avenir
Les récentes précipitations et les résultats encourageants de la campagne agricole 2025-2026 offrent une opportunité unique pour renforcer la résilience et la durabilité du secteur agricole marocain.
Les pouvoirs publics, en coordination avec les acteurs du secteur, doivent capitaliser sur cette embellie pour :
Accélérer les investissements dans les infrastructures hydriques (barrages, stations de dessalement, réseaux d’irrigation modernes) ;
Promouvoir les techniques agricoles durables (irrigation localisée, agriculture de conservation, agroforesterie) ;
Renforcer l’accompagnement des agriculteurs via la formation, le conseil technique et l’accès au financement ;
Développer les filières à forte valeur ajoutée (fruits et légumes, produits biologiques, labels de qualité).
