Barrages marocains : le problème invisible qui grignote les réserves d’eau

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Après une saison hydrologique particulièrement favorable, le Maroc s’intéresse à un phénomène moins visible mais déterminant pour ses ressources en eau : l’envasement des barrages.

Le ministère de l’Équipement et de l’Eau vient de lancer une étude portant sur dix grands barrages du Royaume. L’objectif est de mesurer les volumes de sédiments accumulés dans les retenues et d’actualiser leur capacité réelle de stockage.

Quand les sédiments prennent la place de l’eau

Lors des épisodes de pluie, les eaux de ruissellement transportent des particules provenant notamment de l’érosion des sols. Ces sédiments finissent par se déposer au fond des retenues.

Au fil des années, cette accumulation peut réduire progressivement l’espace disponible pour stocker l’eau.

C’est précisément ce que les autorités cherchent désormais à mesurer. L’étude doit permettre de comparer la situation actuelle avec les précédentes campagnes de mesure et d’identifier les zones où l’envasement progresse le plus rapidement.

Il ne s’agit donc pas simplement de connaître le niveau d’eau affiché dans un barrage. Il faut également savoir quelle quantité d’espace reste réellement disponible pour accueillir les prochains apports.

Dix grands barrages concernés

L’étude concerne dix ouvrages répartis dans plusieurs régions du Maroc : Oued El Makhazine, Chérif Al Idrissi, Nakhla, Al Wahda, Mansour Eddahbi, Ghiss, Mohammed V, Oued Za, Mechra Homadi et Hassan Addakhil.

Parmi eux figure le barrage Al Wahda, l’un des plus importants du Royaume, avec une capacité dépassant 3,52 milliards de mètres cubes.

L’étude porte également sur des barrages présentant des caractéristiques très différentes, notamment en termes de taille des retenues, de relief et de conditions hydrologiques. Ces différences influencent directement les volumes de sédiments susceptibles de s’y accumuler.

Une étude à 7,66 millions de dirhams

L’opération est répartie en deux lots de cinq barrages. Chaque lot doit être étudié sur une période de huit mois.

Le coût total de l’étude est estimé à environ 7,66 millions de dirhams, dont 4,86 millions pour le premier lot et 2,80 millions pour le second.

Pour établir un diagnostic précis, les équipes doivent notamment réaliser des relevés bathymétriques et topographiques. Des données hydrologiques, météorologiques et satellitaires pourront également être exploitées pour mieux comprendre l’évolution des phénomènes d’érosion et de transport des sédiments.

Des réserves encore nettement supérieures à 2025

Cette démarche intervient alors que la situation des réserves d’eau s’est fortement améliorée au cours de la dernière saison hydrologique.

Au 1er septembre 2026, les barrages marocains totalisaient environ 11,49 milliards de mètres cubes, avec un taux de remplissage national de 67,5 %. Ce niveau reste toutefois inférieur à celui enregistré à la mi-mai, lorsque les réserves atteignaient près de 12,95 milliards de mètres cubes.

Entre la mi-mai et le début du mois de septembre, environ 1,46 milliard de mètres cubes ont ainsi été consommés ou perdus, sous l’effet notamment des besoins d’irrigation, de l’alimentation en eau potable et de l’évaporation estivale.

Malgré cette baisse saisonnière, le niveau des réserves reste nettement supérieur à celui observé un an auparavant : le taux de remplissage était alors de seulement 33,79 %.

Pourquoi mesurer maintenant ?

L’enjeu est particulièrement important à l’approche de la prochaine saison des pluies.

Un barrage ne se résume pas à son taux de remplissage. Sa capacité utile dépend aussi de l’espace réellement disponible dans sa retenue. En mesurant précisément les sédiments accumulés, les autorités pourront donc disposer d’une photographie plus fiable de la capacité de stockage du parc hydraulique.

Les résultats pourront également servir à orienter les futures mesures de lutte contre l’envasement et, lorsque cela est techniquement possible, à envisager des solutions permettant de préserver ou de récupérer une partie de la capacité perdue.

À retenir

Le Maroc dispose aujourd’hui de réserves d’eau nettement plus importantes qu’il y a un an. Mais la quantité d’eau stockée ne raconte qu’une partie de l’histoire. Avec l’étude lancée sur dix grands barrages, les autorités cherchent désormais à mesurer un autre indicateur : la capacité réelle de stockage après des années d’accumulation de sédiments.

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