Emploi en Afrique : pourquoi la croissance économique ne suffit plus ?

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L’Afrique affiche de nouveau des taux de croissance encourageants. Pourtant, cette progression économique ne se traduit pas encore par suffisamment d’emplois productifs et stables. Avec une population en âge de travailler qui augmente rapidement, le continent doit désormais relever un défi plus complexe : transformer la croissance du PIB en davantage d’opportunités professionnelles.

Selon la Banque africaine de développement (BAD), les économies africaines ont enregistré une croissance moyenne estimée à 4,4 % en 2025, tandis que la croissance devrait atteindre 4,2 % en 2026. Ces chiffres confirment la résilience de l’économie africaine malgré les tensions géopolitiques, les incertitudes commerciales et les conditions financières internationales.

Mais derrière ces indicateurs se trouve une question essentielle : combien d’emplois cette croissance permet-elle réellement de créer ?

Une croissance qui ne crée pas automatiquement des emplois

Pendant longtemps, la croissance économique a été considérée comme le principal moteur de l’emploi. Mais le lien entre les deux s’est affaibli dans plusieurs économies africaines.

L’Organisation internationale du Travail (OIT) souligne que la relation entre croissance économique et création d’emplois s’est considérablement affaiblie au cours des dernières décennies. La progression du PIB ne garantit donc plus, à elle seule, la création d’un nombre suffisant d’emplois productifs.

Une partie de l’explication réside dans la structure même des économies africaines. Certains pays connaissent une croissance portée par les hydrocarbures, les industries extractives ou d’autres activités fortement capitalistiques. Ces secteurs peuvent générer d’importantes recettes et contribuer à augmenter le PIB, tout en nécessitant relativement peu de main-d’œuvre.

La Banque mondiale relève notamment que les économies dépendantes des ressources naturelles peuvent afficher une croissance importante sans parvenir à créer suffisamment de « bons emplois » pour une population jeune et en expansion.

Le poids du secteur informel

L’autre grande difficulté concerne la qualité des emplois créés.

Dans de nombreux pays africains, une grande partie de la population active travaille dans l’économie informelle. Ces activités permettent d’absorber une partie des nouveaux entrants sur le marché du travail, mais elles offrent souvent des revenus faibles, une protection sociale limitée et peu de possibilités d’évolution.

La Banque mondiale estime que plus de 80 % des emplois restent informels en Afrique. Elle souligne également que les nouveaux entrants sur le marché du travail se dirigent majoritairement vers des secteurs à faible productivité, ce qui limite la progression des revenus et la mobilité sociale.

Le problème africain n’est donc pas uniquement celui du chômage. Il est aussi celui du sous-emploi et de la faible productivité.

Autrement dit, une personne peut avoir une activité professionnelle tout en restant dans une situation économique fragile.

Une pression démographique sans précédent

La question de l’emploi devient encore plus importante en raison de la démographie africaine.

D’ici 2050, la population en âge de travailler en Afrique devrait augmenter de manière spectaculaire. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne pourrait compter plus de 600 millions de personnes supplémentaires en âge de travailler d’ici cette échéance.

La BAD estime, de son côté, qu’environ 11 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail, alors que seulement environ 3 millions trouvent des emplois formels.

Cette différence illustre l’ampleur du défi.

Il ne s’agit donc plus simplement de maintenir la croissance. Les économies africaines doivent créer suffisamment d’activités productives pour absorber une population active qui augmente beaucoup plus rapidement que dans les autres grandes régions du monde.

Pourquoi certains secteurs créent-ils peu d’emplois ?

La composition de la croissance joue ici un rôle déterminant.

Une croissance concentrée dans quelques secteurs très capitalistiques peut augmenter rapidement la production nationale sans produire un volume comparable d’emplois.

À l’inverse, certains secteurs disposent d’un potentiel d’emplois beaucoup plus important : agriculture et agro-industrie, construction, logement, tourisme, services, industrie manufacturière et économie numérique.

La Banque mondiale identifie notamment l’agriculture, l’exploitation minière, le logement et la construction ainsi que plusieurs activités de services parmi les secteurs pouvant contribuer davantage à la création d’emplois à grande échelle, à condition que les investissements, la productivité et l’expansion des entreprises suivent.

L’enjeu est donc de passer d’une croissance essentiellement mesurée par le volume de production à une croissance davantage liée à la transformation productive.

Le défi des compétences

Créer des emplois ne suffit toutefois pas. Encore faut-il que les compétences disponibles correspondent aux besoins des entreprises.

Dans plusieurs économies africaines, le marché du travail souffre d’un décalage entre les formations proposées et les compétences recherchées dans les secteurs en développement.

Numérique, industrie, énergie, agriculture moderne, logistique, construction ou services aux entreprises nécessitent de nouvelles qualifications.

La BAD insiste ainsi sur l’importance des compétences, de l’entrepreneuriat, de l’accès au financement, des chaînes de valeur productives et de la compétitivité du secteur privé pour renforcer la création d’emplois en Afrique.

La question de l’emploi devient donc également une question d’éducation et de formation professionnelle.

Le secteur privé au cœur de l’équation

L’État peut investir dans les infrastructures, l’éducation ou les grands projets. Mais la création massive d’emplois dépend aussi de la capacité des entreprises privées à se développer.

Or, dans de nombreux pays africains, les entreprises restent petites et ont des difficultés à accéder au financement, aux marchés, aux infrastructures ou aux technologies.

Le passage d’une multitude de petites activités informelles à des entreprises capables d’investir, d’exporter et d’embaucher durablement constitue ainsi l’un des grands enjeux de la transformation économique du continent.

La Banque mondiale souligne qu’en Afrique de l’Ouest et du Centre, environ 6 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail, alors que le nombre de nouveaux emplois créés reste très inférieur à ce besoin.

Une nouvelle définition de la croissance

La question qui se pose désormais aux gouvernements africains n’est donc plus seulement : « À combien va s’établir la croissance ? »

Elle devient : « Quel type de croissance permet-elle de générer ? »

Une croissance de 4 % ou 5 % peut être encourageante sur le plan macroéconomique. Mais si elle repose principalement sur des activités peu intensives en main-d’œuvre ou si les nouveaux emplois restent majoritairement informels et peu productifs, son impact sur les revenus et les conditions de vie demeure limité.

La Banque mondiale estime d’ailleurs que la croissance en Afrique subsaharienne reste insuffisante pour répondre pleinement aux aspirations des populations et créer suffisamment d’emplois de qualité pour une population active en forte progression.

Transformer la croissance en emplois productifs

Pour répondre à ce défi, plusieurs leviers apparaissent déterminants : développer l’industrie et l’agro-industrie, améliorer la productivité agricole, faciliter l’accès des PME au financement, investir dans les compétences, renforcer les infrastructures et favoriser la transformation numérique.

Il s’agit également de mieux connecter les politiques d’investissement, les stratégies industrielles et les programmes de formation.

L’OIT appelle précisément à placer les objectifs d’emploi au centre des stratégies économiques et d’investissement, plutôt que de considérer la création d’emplois comme une conséquence automatique de la croissance.

Le véritable défi africain

L’Afrique n’est donc pas confrontée à un simple problème de croissance. Le défi est plus profond : faire en sorte que la croissance se transforme en productivité, en entreprises plus solides et en emplois plus nombreux et de meilleure qualité.

Avec une population jeune et une population active en forte expansion, la prochaine étape du développement africain dépendra moins de la capacité à afficher des taux de croissance élevés que de celle à transformer cette croissance en opportunités économiques concrètes.

La croissance reste indispensable. Mais pour une grande partie du continent, elle n’est désormais que le point de départ de la bataille pour l’emploi.

1 commentaire
  1. […] Quand les sédiments prennent la place de l’eau […]

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