Croissance au Maroc : pourquoi les ménages la ressentent peu ?

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Croissance au Maroc : l’économie nationale continue d’afficher une dynamique positive, avec une progression du PIB estimée à 4,7 % au premier semestre 2026, tandis que le Haut-Commissariat au Plan (HCP) prévoit une croissance de 5,4 % au troisième trimestre. Pourtant, au deuxième trimestre, près de quatre ménages sur dix déclaraient encore devoir s’endetter ou puiser dans leur épargne pour couvrir leurs dépenses, illustrant l’écart entre les indicateurs macroéconomiques et le quotidien des familles.

Croissance au Maroc : une économie qui accélère

Les dernières données du HCP montrent une économie marocaine qui reste dynamique. Au premier semestre 2026, la progression du PIB aurait atteint 4,7 % en moyenne, portée principalement par le redressement de l’activité agricole et la vigueur des services.

Au deuxième trimestre, la croissance aurait atteint 4,8 % sur un an. Le HCP table par ailleurs sur une accélération à 5,4 % au troisième trimestre, notamment grâce à la reprise de plusieurs activités des secteurs secondaires.

Ces chiffres traduisent une amélioration de l’activité économique globale. Mais la croissance du PIB ne signifie pas automatiquement que chaque ménage dispose de davantage d’argent à la fin du mois.

Pourquoi la croissance au Maroc ne profite-t-elle pas de la même manière à tous ?

Le PIB mesure la richesse produite par l’ensemble de l’économie. Il ne mesure pas directement le montant disponible dans le portefeuille de chaque famille.

Une hausse de l’activité agricole, des services ou de l’investissement peut contribuer à la croissance nationale sans produire immédiatement le même effet sur les revenus de toutes les catégories de ménages.

C’est précisément ce que permettent d’observer les enquêtes du HCP sur le niveau de vie et la situation financière des familles. Au deuxième trimestre 2026, 58,7 % des ménages estimaient que leurs revenus couvraient leurs dépenses. En revanche, 38,7 % déclaraient devoir s’endetter ou puiser dans leur épargne, tandis que seulement 2,6 % affirmaient pouvoir épargner une partie de leurs revenus.

Le pouvoir d’achat reste au cœur du ressenti

Pour un ménage, l’amélioration économique devient réellement perceptible lorsque les revenus permettent de couvrir plus facilement les dépenses courantes et de dégager une capacité d’épargne.

Or, même lorsque l’inflation ralentit ou que certains prix diminuent, cela ne signifie pas nécessairement que les prix retrouvent leur niveau d’il y a plusieurs années. Le budget familial continue donc d’être comparé au niveau actuel des dépenses : alimentation, logement, transport, santé, éducation et factures.

En juillet 2026, l’indice des prix à la consommation a diminué de 1 % sur un mois, sous l’effet notamment d’une baisse de 1,9 % des prix des produits alimentaires et de 0,3 % des produits non alimentaires.

Cette évolution des prix constitue un élément favorable, mais elle doit être distinguée du niveau général des prix déjà atteint. Pour les ménages, c’est surtout le rapport entre les revenus et l’ensemble des dépenses qui détermine le sentiment de pouvoir d’achat.

Les ménages restent prudents sur les achats importants

Les données du HCP montrent également que la prudence reste forte concernant les dépenses importantes.

Au deuxième trimestre 2026, 65,3 % des ménages estimaient que le moment n’était pas opportun pour acheter des biens durables, contre seulement 14,7 % qui considéraient le contraire. Le solde d’opinion restait négatif à -50,6 points.

Cette situation concerne notamment les achats qui peuvent être reportés, comme certains équipements du logement ou d’autres biens durables. Même lorsque l’activité économique progresse, les ménages peuvent donc continuer à privilégier la prudence lorsqu’ils doivent engager une dépense importante.

Confiance des ménages : une amélioration, mais pas uniforme

Le sentiment économique des ménages n’est toutefois pas totalement négatif. L’Indice de confiance des ménages s’est établi à 60,1 points au deuxième trimestre 2026, contre 54,6 points un an auparavant. Il a cependant reculé par rapport aux 64,4 points enregistrés au premier trimestre.

Cette évolution montre une situation contrastée : la confiance des ménages s’est améliorée sur un an, mais certains indicateurs de leur situation financière et de leurs perspectives restent préoccupants.

Le HCP indique notamment que 78,3 % des ménages considéraient que leur niveau de vie s’était dégradé au cours des douze mois précédents, contre 16,5 % estimant qu’il était resté stable et 5,2 % qu’il s’était amélioré. Pour les douze mois suivants, 51 % anticipaient encore une dégradation de leur niveau de vie.

Le chômage pèse aussi sur le sentiment économique

Le marché du travail constitue un autre élément essentiel dans la perception de la situation économique.

Au deuxième trimestre 2026, 57,2 % des ménages s’attendaient à une hausse du chômage au cours des douze prochains mois, contre 18,4 % qui anticipaient une diminution et 24,4 % une stabilité.

Cette perception contribue à expliquer pourquoi les ménages peuvent rester prudents malgré une croissance du PIB supérieure à 4 %. Pour une famille, la perspective d’un emploi stable et d’un revenu régulier peut avoir davantage d’importance dans les décisions quotidiennes qu’un chiffre global de croissance.

Croissance au Maroc : le PIB ne suffit pas à mesurer le quotidien

La situation économique du Maroc ne peut donc pas être résumée par un seul indicateur. La croissance du PIB renseigne sur la dynamique de production du pays, tandis que les enquêtes du HCP permettent de comprendre comment les ménages perçoivent leur propre situation.

Les deux réalités peuvent évoluer simultanément : l’économie peut accélérer alors qu’une partie des ménages continue de rencontrer des difficultés pour épargner, financer des achats importants ou anticiper sereinement les mois à venir.

Le véritable enjeu est ainsi le passage de la croissance économique à une amélioration suffisamment perceptible des revenus, du pouvoir d’achat et de la sécurité financière des familles.

À retenir

La croissance au Maroc progresse, mais ses effets ne se ressentent pas nécessairement de la même manière dans tous les foyers. Les données du HCP montrent à la fois une dynamique économique positive, une amélioration de la confiance sur un an et une prudence persistante concernant les finances, le niveau de vie, le chômage et les achats importants.

Pour les ménages, l’indicateur le plus concret reste finalement ce qui reste disponible après les dépenses courantes : la possibilité d’épargner, de financer un projet ou simplement de faire face à une dépense imprévue.

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